Les longères, les maisons de bourg et les anciennes fermes du sud de la Touraine ont un charme que l’on ne retrouve pas dans le neuf. Elles ont aussi leurs sols : tomettes posées sur terre battue, planchers de chêne qui ont vécu, dalles irrégulières, pièces de plain-pied où l’humidité remonte. Poser un carrelage neuf dans ces maisons demande une préparation particulière. Bien menée, elle garantit un sol durable ; négligée, elle peut créer des désordres qui dépassent largement le carrelage.
Commencer par un vrai diagnostic
Avant de parler de carreaux, il faut comprendre ce qu’il y a sous les pieds. Dans une maison ancienne, le sol est rarement homogène : une pièce peut être sur terre-plein, la voisine sur cave, une autre sur un plancher bois rajouté au siècle dernier. Le diagnostic porte sur plusieurs points :
- la nature du support : tomettes, ancien carrelage, chape, plancher, terre battue ;
- sa cohésion : éléments qui bougent, qui sonnent creux, qui s’effritent ;
- sa planéité : bosses, pentes, différences de niveau entre pièces ;
- l’humidité : taches sombres, salpêtre en pied de mur, odeur de cave, joints qui restent humides.
Ce bilan prend un peu de temps, parfois avec un sondage ponctuel, mais il oriente tout le reste : on ne prépare pas de la même façon un plancher sain à l’étage et un rez-de-chaussée sur terre-plein.
L’humidité : la question à régler en premier
Les maisons en tuffeau de la vallée de l’Indre ont été construites pour « respirer ». Le tuffeau est une pierre calcaire tendre et poreuse, qui absorbe l’humidité du sol et la laisse s’évaporer. Les anciens sols en tomettes, posés directement sur la terre ou sur un lit de chaux et de sable, participaient à cet équilibre : l’humidité remontait un peu par le sol et s’évaporait par les joints.
Si l’on recouvre ce sol d’une dalle étanche et d’un carrelage aux joints serrés, l’humidité ne disparaît pas : elle cherche une autre sortie, souvent par le pied des murs. On voit alors apparaître du salpêtre, des enduits qui cloquent et un tuffeau qui se dégrade. C’est un piège classique de la rénovation.
Les solutions possibles
Selon la situation, plusieurs approches existent. On peut décaisser l’ancien sol pour créer un hérisson drainant (une couche de cailloux) surmonté d’une dalle, avec une gestion réfléchie de la vapeur d’eau. On peut aussi traiter les pieds de murs, améliorer la ventilation ou l’évacuation des eaux de pluie autour de la maison. Dans certains cas, conserver un sol perméable reste la décision la plus sage. Il n’y a pas de recette unique : la réponse dépend du bâti, du terrain et de l’usage de la pièce.
Les tomettes : garder, recouvrir ou déposer ?
Les tomettes anciennes en terre cuite ont souvent beaucoup de valeur, esthétique comme patrimoniale. Quand elles sont en bon état, la question de les conserver mérite d’être posée sérieusement : un nettoyage, quelques remplacements et un traitement adapté peuvent leur redonner tout leur caractère.
Si l’on souhaite les recouvrir, plusieurs conditions doivent être réunies :
- les tomettes doivent être bien adhérentes, sans élément mobile ;
- le support ne doit pas être humide en permanence ;
- la surface doit être nettoyée, dégraissée et débarrassée des cires et encaustiques, qui empêchent l’accroche ;
- un primaire d’accrochage adapté est appliqué, puis souvent un ragréage pour rattraper les irrégularités.
Lorsque les tomettes bougent ou reposent sur un sol humide, la dépose devient la solution la plus fiable. Elle permet de repartir sur une base saine, ce qui est l’esprit même d’une rénovation de carrelage bien conduite.
Les planchers bois : rigidifier avant tout
Carreler sur un plancher en bois est possible, mais c’est un support qui vit : il fléchit, se dilate avec l’humidité et se rétracte en période sèche. Le carrelage, lui, est rigide. Pour qu’ils cohabitent, il faut d’abord vérifier la solidité des solives et l’absence de flèche excessive quand on marche dessus.
La méthode courante consiste à rigidifier le plancher par des panneaux de bois adaptés aux milieux humides, vissés à entraxe serré, puis à poser une natte de désolidarisation ou à utiliser un mortier-colle déformable de type C2 S1 ou C2 S2. La ventilation sous le plancher doit rester assurée. Un vieux parquet cloué, qui bouge sous le pied, ne doit jamais recevoir de carrelage en direct.
Rattraper la planéité : ragréage ou chape
Les sols anciens présentent souvent des écarts de niveau importants. Pour la pose collée, le DTU 52.2 impose une bonne planéité du support : en général, quelques millimètres d’écart tolérés sous une règle de 2 m. Pour y parvenir, deux solutions principales :
- Le ragréage autolissant, classé P3 en habitat, rattrape de petites irrégularités, en général de quelques millimètres à un centimètre environ selon le produit.
- La chape, réalisée selon le DTU 26.2, s’impose quand les écarts sont importants ou quand on reconstruit le sol après dépose.
Le choix dépend de l’épaisseur à rattraper et de la hauteur disponible sous les portes. Notre page consacrée au ragréage de sol détaille les cas où il suffit et ceux où il faut aller plus loin.
Les points de détail propres au bâti ancien
- Les seuils et les portes anciennes : un rehaussement de quelques centimètres peut obliger à raboter ou reprendre des portes en chêne.
- Les différences de niveau entre pièces : mieux vaut les traiter par une barre de seuil ou une légère pente que par une marche improvisée.
- Les cheminées et poêles : prévoir un traitement adapté à la chaleur autour du foyer.
- Les murs hors d’équerre : le calepinage (l’implantation des carreaux) se prépare pour que les coupes se répartissent harmonieusement.
Prendre le temps, c’est gagner du temps
Dans une maison ancienne, la préparation du support représente souvent la plus grande part du travail, bien plus que la pose elle-même. C’est aussi ce qui détermine la tenue du carrelage dans le temps. Un sol bien diagnostiqué, assaini et mis à niveau accueille sereinement des tomettes neuves, un grès cérame effet pierre ou une terre cuite, et respecte l’équilibre d’une maison qui a déjà traversé plusieurs siècles.




